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CP 02307 Albert Nahmias à Marcel Proust [avant le 10 mars 1912]

Surlignage


Hier le plumet
était « rouge ». Est ce expres
qu’il est « violet » cher
Marcel ?

Si je
comprends
c’est parce que
l’heure du jour n’était
pas la même & le
tempsjour baissait & il y
avait aux dernières
lueurs du jour une éclaircie
un rayonessai d’un rayon de
soleil & cela donnait
une autre couleur au
chapeau de « Mademoiselle »
ou peut être
en avait elle changé ??
Excusez ma tête dure, cher
Marcel



+
Cher Marcel
la page 37-38 et 39 sont pareilles
sauf le
nom de Montfort en Norpois qui change
J’ai donc fait 2 copies
de ces deux pages.

les pages 37-38
non effacées se
trouvent plus loin
de 2 pages au
verso.



Cher Marcel
dans votre texte il y
a des mots « sautés » pas
dans cette page en
particulier mais dans d’autres
En sorte que je me suis
appliqué à ne pas faire
comme la dernière fois
— sublime paraît-il — mais où
il y en avait beaucoup de « sautés »
et si par hasard en
(suite p. 74)
relisant les
feuilles dactylographiées il y en
avait reportez vous
au texte de vos cahiers
& si vous voyez que c’est
vous qui en avez « sauté »
vous comprendrez
facilement que je
n’aurai pas pu
le remplacer d’une
façon adroite &
juste.

Surlignage

Hier le plumet était « rouge ». Est-ce exprès qu’il est « violet » cher Marcel ?

Si je comprends c’est parce que l’heure du jour n’était pas la même et le jour baissait et il y avait aux dernières lueurs du jour une éclaircie, un essai d’un rayon de soleil et cela donnait une autre couleur au chapeau de « Mademoiselle », ou peut-être en avait-elle changé ?? Excusez ma tête dure, cher Marcel

+ Cher Marcel les pages 37-38 et 39 sont pareilles sauf le nom de Montfort en Norpois qui change. J’ai donc fait deux copies de ces deux pages.

les pages 37-38 non effacées se trouvent plus loin de deux pages au verso.

Cher Marcel, dans votre texte il y a des mots « sautés », pas dans cette page en particulier mais dans d’autres. En sorte que je me suis appliqué à ne pas faire comme la dernière fois — sublime paraît-il — mais où il y en avait beaucoup de « sautés » et si par hasard en relisant les feuilles dactylographiées il y en avait, reportez-vous au texte de vos cahiers et si vous voyez que c’est vous qui en avez « sauté » vous comprendrez facilement que je n’aurais pas pu les remplacer d’une façon adroite et juste.

Note n°1génétique
Ces questions et commentaires en marge du Cahier 20 ont probablement été écrits dans la première quinzaine du mois de mars 1912, après que Nahmias a eu reçu les Cahiers 20, 21 et 24 envoyés par Proust (voir sa lettre dʼenvoi située [vers la fin février ou début mars] : CP 02304 ; Kolb, XI, n° 40 et BIP, n° 37, p. 26-28). Le travail de dactylographie ayant été payé par Proust le 29 mars (voir sa lettre à Nahmias du [29 mars 1912] : CP 02303 ; Kolb, XI, n° 39), donc terminé et envoyé à lʼécrivain avant cette date, le travail préparatoire de Nahmias (qui dictait ces pages à la dactylographe) a nécessairement été effectué en amont des séances de dictée, donc dans la première quinzaine du mois. Il est probable que le rendez-vous de travail quʼil avait demandé à Proust le dimanche 10 mars (voir la réponse de Proust du [mardi 12 mars 1912] : CP 02288 ; Kolb, XI, n° 24) était destiné à clarifier ces incertitudes. On peut estimer que ces questions, qui concernent la première moitié des quelques cent cinquante pages du manuscrit envoyé par Proust fin février ou début mars, se situent avant cette demande de rendez-vous, donc [avant le 10 mars 1912]). [SL, FL]
Note n°2génétique
Ce commentaire figure dans la marge du Cahier 20, f. 27r, cʼest-à-dire en haut de la page du « cahier 6 » numérotée « 7 » à lʼencre noire. [FL]
Note n°3
Allusion au passage du Cahier 21, f. 3r, où le plumet de la gouvernante de Gilberte est rouge : « [...] tandis que Françoise me criait : "Allons aboutonnez votre paletot et partons" et que je remarquais pour la première fois avec irritation qu’elle avait un langage vulgaire et hélas pas de plumet rouge à son chapeau ». Cette couleur rouge nʼa pas été modifiée dans la dactylographie ; en revanche, dans Du côté de chez Swann, le plumet de lʼinstitutrice est bleu (CS, I, 388). [PK, SL]
Note n°4génétique
Le passage du Cahier 20 où Nahmias porte ce commentaire concerne un autre jour que le passage précédent (ici : le jour de neige où Gilberte, contre toute attente, arrive en fin dʼaprès-midi aux Champs-Élysées), et en effet, le plumet est violet : « Tout à coup // l’air se déchirant, <entre le Guignol et le Cirque> , à l’horizon embelli, sur le ciel entrouvert je venais d’apercevoir le plumet violet de Mademoiselle. » (Traduction simplifiée.) — Sur la dactylographie (NAF 16735, f. 27r), Proust a corrigé la couleur en « rou jaune », indice quʼil avait lu la remarque de Nahmias et entendait bien faire porter à lʼinstitutrice des plumets de couleurs différentes selon les jours. Dans la pré-publication de cet épisode dans Le Figaro du 4 juin 1912, p. 1, sous le titre « Rayon de soleil sur le balcon », où le texte est en partie réécrit, le plumet redeviendra violet : « Je me désespérais, quand, décochée d’entre le Guignol et les chevaux de bois, l’apparition tardive mais bienheureuse du plumet violet de son institutrice venait me frapper comme une balle en plein cœur. » Dans Du côté de chez Swann, il est bleu (CS, I, 391), comme dans le premier passage concernant Gilberte et son institutrice élégamment coiffée (voir note 3 ci-dessus). [PK, SL, FL]
Note n°5génétique
Cette question est inscrite dans la marge du Cahier 20, f. 48r, en regard de la page numérotée « 38 39 », particulièrement raturée. [FL]
Note n°6génétique
Le passage commence en effet à une page numérotée « 37-38 » (Cahier 20, f. 50v), et le texte de la page numérotée « 39 » (qui se trouve « 2 versos en arrière » comme le remarque Nahmias) est exactement identique. Il sʼagit de lʼépisode où M. de Norpois vient dîner chez les parents du protagoniste. — Dans le texte définitif, il figure dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs sous une forme modifiée (JF, I, 426-427). — Si Proust écarte en 1912 le nom de Montfort, cʼest sans doute pour éviter toute confusion possible avec des personnalités connues : il existait à lʼépoque un Louis-Philogène, vicomte de Montfort (1840-1911), officier et homme politique français, élu député du département de la Seine-Inférieure en 1889, élu sénateur en 1900 ; et, bien connu des milieux littéraires, Eugène Montfort (1877-1936), écrivain, fondateur de la revue Les Marges et surtout, en 1908, co-directeur avec Charles-Louis Philippe (1874-1909) de La Nouvelle Revue française avant que le groupe de Gide ne décide de lʼécarter et de republier en 1909 un nouveau « numéro 1 » confié à une nouvelle équipe de direction. Au moment où, au printemps de 1912, Proust tentait de se rapprocher de La NRF, toute allusion à Montfort, fût-elle sarcastique étant donné les opinions littéraires du diplomate fictionnel, aurait pu paraître malvenue. [PK, SL, FL]
Note n°7génétique
Ce long commentaire est rédigé dans la marge des pages « 72 ter » et « 74 » du « cahier 6 » qui se font face (Cahier 20, f. 54v-55r). Ces pages se rapportent encore à lʼépisode du dîner pour M. de Montfort (Norpois). Dans le texte définitif dʼÀ l’ombre des jeunes filles en fleurs (JF, I, 464 et 467), un long passage a été supprimé. [PK, FL]
Note n°8
Réponse au reproche que Proust avait adressé à Nahmias dans la lettre avec laquelle il lui envoyait ses Cahiers 20, 21 et 24 (CP 02304 ; Kolb, XI, n° 40). Cette disculpation ironique déplaira à Proust qui, après avoir vérifié la dactylographie et pris connaissance des questions de Nahmias, épinglera « votre ironie à l’endroit de : "Sublime" ». Voir la lettre à Nahmias dʼ[avril 1912] (CP 02310 ; Kolb, XI, n° 46). [PK]


Mots-clefs :genèse
Date de mise en ligne : January 4, 2023 09:56
Date de la dernière mise à jour : August 25, 2024 21:56
Surlignage


Hier le plumet
était « rouge ». Est ce expres
qu’il est « violet » cher
Marcel ?

Si je
comprends
c’est parce que
l’heure du jour n’était
pas la même & le
tempsjour baissait & il y
avait aux dernières
lueurs du jour une éclaircie
un rayonessai d’un rayon de
soleil & cela donnait
une autre couleur au
chapeau de « Mademoiselle »
ou peut être
en avait elle changé ??
Excusez ma tête dure, cher
Marcel



+
Cher Marcel
la page 37-38 et 39 sont pareilles
sauf le
nom de Montfort en Norpois qui change
J’ai donc fait 2 copies
de ces deux pages.

les pages 37-38
non effacées se
trouvent plus loin
de 2 pages au
verso.



Cher Marcel
dans votre texte il y
a des mots « sautés » pas
dans cette page en
particulier mais dans d’autres
En sorte que je me suis
appliqué à ne pas faire
comme la dernière fois
— sublime paraît-il — mais où
il y en avait beaucoup de « sautés »
et si par hasard en
(suite p. 74)
relisant les
feuilles dactylographiées il y en
avait reportez vous
au texte de vos cahiers
& si vous voyez que c’est
vous qui en avez « sauté »
vous comprendrez
facilement que je
n’aurai pas pu
le remplacer d’une
façon adroite &
juste.

Surlignage

Hier le plumet était « rouge ». Est-ce exprès qu’il est « violet » cher Marcel ?

Si je comprends c’est parce que l’heure du jour n’était pas la même et le jour baissait et il y avait aux dernières lueurs du jour une éclaircie, un essai d’un rayon de soleil et cela donnait une autre couleur au chapeau de « Mademoiselle », ou peut-être en avait-elle changé ?? Excusez ma tête dure, cher Marcel

+ Cher Marcel les pages 37-38 et 39 sont pareilles sauf le nom de Montfort en Norpois qui change. J’ai donc fait deux copies de ces deux pages.

les pages 37-38 non effacées se trouvent plus loin de deux pages au verso.

Cher Marcel, dans votre texte il y a des mots « sautés », pas dans cette page en particulier mais dans d’autres. En sorte que je me suis appliqué à ne pas faire comme la dernière fois — sublime paraît-il — mais où il y en avait beaucoup de « sautés » et si par hasard en relisant les feuilles dactylographiées il y en avait, reportez-vous au texte de vos cahiers et si vous voyez que c’est vous qui en avez « sauté » vous comprendrez facilement que je n’aurais pas pu les remplacer d’une façon adroite et juste.

Note n°1génétique
Ces questions et commentaires en marge du Cahier 20 ont probablement été écrits dans la première quinzaine du mois de mars 1912, après que Nahmias a eu reçu les Cahiers 20, 21 et 24 envoyés par Proust (voir sa lettre dʼenvoi située [vers la fin février ou début mars] : CP 02304 ; Kolb, XI, n° 40 et BIP, n° 37, p. 26-28). Le travail de dactylographie ayant été payé par Proust le 29 mars (voir sa lettre à Nahmias du [29 mars 1912] : CP 02303 ; Kolb, XI, n° 39), donc terminé et envoyé à lʼécrivain avant cette date, le travail préparatoire de Nahmias (qui dictait ces pages à la dactylographe) a nécessairement été effectué en amont des séances de dictée, donc dans la première quinzaine du mois. Il est probable que le rendez-vous de travail quʼil avait demandé à Proust le dimanche 10 mars (voir la réponse de Proust du [mardi 12 mars 1912] : CP 02288 ; Kolb, XI, n° 24) était destiné à clarifier ces incertitudes. On peut estimer que ces questions, qui concernent la première moitié des quelques cent cinquante pages du manuscrit envoyé par Proust fin février ou début mars, se situent avant cette demande de rendez-vous, donc [avant le 10 mars 1912]). [SL, FL]
Note n°2génétique
Ce commentaire figure dans la marge du Cahier 20, f. 27r, cʼest-à-dire en haut de la page du « cahier 6 » numérotée « 7 » à lʼencre noire. [FL]
Note n°3
Allusion au passage du Cahier 21, f. 3r, où le plumet de la gouvernante de Gilberte est rouge : « [...] tandis que Françoise me criait : "Allons aboutonnez votre paletot et partons" et que je remarquais pour la première fois avec irritation qu’elle avait un langage vulgaire et hélas pas de plumet rouge à son chapeau ». Cette couleur rouge nʼa pas été modifiée dans la dactylographie ; en revanche, dans Du côté de chez Swann, le plumet de lʼinstitutrice est bleu (CS, I, 388). [PK, SL]
Note n°4génétique
Le passage du Cahier 20 où Nahmias porte ce commentaire concerne un autre jour que le passage précédent (ici : le jour de neige où Gilberte, contre toute attente, arrive en fin dʼaprès-midi aux Champs-Élysées), et en effet, le plumet est violet : « Tout à coup // l’air se déchirant, <entre le Guignol et le Cirque> , à l’horizon embelli, sur le ciel entrouvert je venais d’apercevoir le plumet violet de Mademoiselle. » (Traduction simplifiée.) — Sur la dactylographie (NAF 16735, f. 27r), Proust a corrigé la couleur en « rou jaune », indice quʼil avait lu la remarque de Nahmias et entendait bien faire porter à lʼinstitutrice des plumets de couleurs différentes selon les jours. Dans la pré-publication de cet épisode dans Le Figaro du 4 juin 1912, p. 1, sous le titre « Rayon de soleil sur le balcon », où le texte est en partie réécrit, le plumet redeviendra violet : « Je me désespérais, quand, décochée d’entre le Guignol et les chevaux de bois, l’apparition tardive mais bienheureuse du plumet violet de son institutrice venait me frapper comme une balle en plein cœur. » Dans Du côté de chez Swann, il est bleu (CS, I, 391), comme dans le premier passage concernant Gilberte et son institutrice élégamment coiffée (voir note 3 ci-dessus). [PK, SL, FL]
Note n°5génétique
Cette question est inscrite dans la marge du Cahier 20, f. 48r, en regard de la page numérotée « 38 39 », particulièrement raturée. [FL]
Note n°6génétique
Le passage commence en effet à une page numérotée « 37-38 » (Cahier 20, f. 50v), et le texte de la page numérotée « 39 » (qui se trouve « 2 versos en arrière » comme le remarque Nahmias) est exactement identique. Il sʼagit de lʼépisode où M. de Norpois vient dîner chez les parents du protagoniste. — Dans le texte définitif, il figure dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs sous une forme modifiée (JF, I, 426-427). — Si Proust écarte en 1912 le nom de Montfort, cʼest sans doute pour éviter toute confusion possible avec des personnalités connues : il existait à lʼépoque un Louis-Philogène, vicomte de Montfort (1840-1911), officier et homme politique français, élu député du département de la Seine-Inférieure en 1889, élu sénateur en 1900 ; et, bien connu des milieux littéraires, Eugène Montfort (1877-1936), écrivain, fondateur de la revue Les Marges et surtout, en 1908, co-directeur avec Charles-Louis Philippe (1874-1909) de La Nouvelle Revue française avant que le groupe de Gide ne décide de lʼécarter et de republier en 1909 un nouveau « numéro 1 » confié à une nouvelle équipe de direction. Au moment où, au printemps de 1912, Proust tentait de se rapprocher de La NRF, toute allusion à Montfort, fût-elle sarcastique étant donné les opinions littéraires du diplomate fictionnel, aurait pu paraître malvenue. [PK, SL, FL]
Note n°7génétique
Ce long commentaire est rédigé dans la marge des pages « 72 ter » et « 74 » du « cahier 6 » qui se font face (Cahier 20, f. 54v-55r). Ces pages se rapportent encore à lʼépisode du dîner pour M. de Montfort (Norpois). Dans le texte définitif dʼÀ l’ombre des jeunes filles en fleurs (JF, I, 464 et 467), un long passage a été supprimé. [PK, FL]
Note n°8
Réponse au reproche que Proust avait adressé à Nahmias dans la lettre avec laquelle il lui envoyait ses Cahiers 20, 21 et 24 (CP 02304 ; Kolb, XI, n° 40). Cette disculpation ironique déplaira à Proust qui, après avoir vérifié la dactylographie et pris connaissance des questions de Nahmias, épinglera « votre ironie à l’endroit de : "Sublime" ». Voir la lettre à Nahmias dʼ[avril 1912] (CP 02310 ; Kolb, XI, n° 46). [PK]


Mots-clefs :genèse
Date de mise en ligne : January 4, 2023 09:56
Date de la dernière mise à jour : August 25, 2024 21:56
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