CP 02521 Marcel Proust à Bernard Grasset [entre le 24 et le 26 mai 1913]



1
Cher Monsieur
Je vous ferai parvenir cette
somme quand vous en saurez le
chiffre, il n’y a nulle difficulté
de ce côté2. Mais voici qui est
plus grave. J’ai oublié de vous dire
que votre imprimeur, probablement
avec raison, partout où il y a
« dialogue » va à la ligne pour
chaque
réplique. Je n’aurais même
pas parlé de la préférence que jʼai à
voir ces dialogues, peu importants par
eux-mêmes, sʼabsorber dans la continuité
du texte (l’alinéa entre chaque réplique
etant remplacé par un tiret, et de
nouveaux guillemets), car il y a
peutʼetre là une habitude que je ne
voudrais pas choquer3. Mais je m’
aperçois que les dernières épreuves
que j’aie reçues (je n’en ai pas
reçu depuis plus d’une semaine et
d’ailleurs cela ne fait absolument
rien puisque je n’ai pas fini les
corrections) portent le n. 58. Or
la dernière partie, à cette planche 58 commence
à peine4. C’est dire que (surtout avec les
additions que jʼai faites et qui sont de la plus
gde importance) si nous ne profitons pas de
cette contraction possible du texte (suppression
des alinéas entre chaque réplique des dialogues)
nous allons arriver à un nombre formidable
de pages (les pages des planches sont-elles aussi longues
que celles de l’exemplaire définitif, je veux dire
une planche fait-elle exactement 8 pages sans qu’on puisse
gagner un peu sur lʼexemplaire définitif.
Je vous écris cela en tte hâte, effrayé de la longueur
possible. Quant à ce que vous me dites des secondes
corrections, je me bornerai à vérifier l’exactitude
des précédentes et à changer un nom de propriété qui
sera remplacé par un nom de longueur à peu près
équivalente ; jʼespère, sauf erreur, pouvoir m’en
tenir là5. Je vous renverrai bientôt le reste des épreuves6.
Quelques pages sont encore remaniées comme celles que
vous avez déjà reçues. Mais je crois que le reste le
sera extrêmement peu.
Veuillez agréer cher Monsieur
l’expression de mes sentiments les plus dévoués
Marcel Proust
1
Cher Monsieur
Je vous ferai parvenir cette somme quand vous en saurez le chiffre, il n’y a nulle difficulté de ce côté2. Mais voici qui est plus grave. J’ai oublié de vous dire que votre imprimeur, probablement avec raison, partout où il y a « dialogue » va à la ligne pour chaque réplique. Je n’aurais même pas parlé de la préférence que jʼai à voir ces dialogues, peu importants par eux-mêmes, sʼabsorber dans la continuité du texte (l’alinéa entre chaque réplique étant remplacé par un tiret, et de nouveaux guillemets), car il y a peut-être là une habitude que je ne voudrais pas choquer3. Mais je m’aperçois que les dernières épreuves que j’aie reçues (je n’en ai pas reçu depuis plus d’une semaine et d’ailleurs cela ne fait absolument rien puisque je n’ai pas fini les corrections) portent le numéro 58. Or la dernière partie, à cette planche 58 commence à peine4. C’est dire que (surtout avec les additions que jʼai faites et qui sont de la plus grande importance) si nous ne profitons pas de cette contraction possible du texte (suppression des alinéas entre chaque réplique des dialogues) nous allons arriver à un nombre formidable de pages (les pages des planches sont-elles aussi longues que celles de l’exemplaire définitif, je veux dire une planche fait-elle exactement huit pages sans qu’on puisse gagner un peu sur lʼexemplaire définitif. Je vous écris cela en toute hâte, effrayé de la longueur possible. Quant à ce que vous me dites des secondes corrections, je me bornerai à vérifier l’exactitude des précédentes et à changer un nom de propriété qui sera remplacé par un nom de longueur à peu près équivalente ; jʼespère, sauf erreur, pouvoir m’en tenir là5. Je vous renverrai bientôt le reste des épreuves6. Quelques pages sont encore remaniées comme celles que vous avez déjà reçues. Mais je crois que le reste le sera extrêmement peu.
Veuillez agréer cher Monsieur l’expression de mes sentiments les plus dévoués.
Marcel Proust
Date de la dernière mise à jour : July 12, 2024 11:20



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Cher Monsieur
Je vous ferai parvenir cette
somme quand vous en saurez le
chiffre, il n’y a nulle difficulté
de ce côté2. Mais voici qui est
plus grave. J’ai oublié de vous dire
que votre imprimeur, probablement
avec raison, partout où il y a
« dialogue » va à la ligne pour
chaque
réplique. Je n’aurais même
pas parlé de la préférence que jʼai à
voir ces dialogues, peu importants par
eux-mêmes, sʼabsorber dans la continuité
du texte (l’alinéa entre chaque réplique
etant remplacé par un tiret, et de
nouveaux guillemets), car il y a
peutʼetre là une habitude que je ne
voudrais pas choquer3. Mais je m’
aperçois que les dernières épreuves
que j’aie reçues (je n’en ai pas
reçu depuis plus d’une semaine et
d’ailleurs cela ne fait absolument
rien puisque je n’ai pas fini les
corrections) portent le n. 58. Or
la dernière partie, à cette planche 58 commence
à peine4. C’est dire que (surtout avec les
additions que jʼai faites et qui sont de la plus
gde importance) si nous ne profitons pas de
cette contraction possible du texte (suppression
des alinéas entre chaque réplique des dialogues)
nous allons arriver à un nombre formidable
de pages (les pages des planches sont-elles aussi longues
que celles de l’exemplaire définitif, je veux dire
une planche fait-elle exactement 8 pages sans qu’on puisse
gagner un peu sur lʼexemplaire définitif.
Je vous écris cela en tte hâte, effrayé de la longueur
possible. Quant à ce que vous me dites des secondes
corrections, je me bornerai à vérifier l’exactitude
des précédentes et à changer un nom de propriété qui
sera remplacé par un nom de longueur à peu près
équivalente ; jʼespère, sauf erreur, pouvoir m’en
tenir là5. Je vous renverrai bientôt le reste des épreuves6.
Quelques pages sont encore remaniées comme celles que
vous avez déjà reçues. Mais je crois que le reste le
sera extrêmement peu.
Veuillez agréer cher Monsieur
l’expression de mes sentiments les plus dévoués
Marcel Proust
1
Cher Monsieur
Je vous ferai parvenir cette somme quand vous en saurez le chiffre, il n’y a nulle difficulté de ce côté2. Mais voici qui est plus grave. J’ai oublié de vous dire que votre imprimeur, probablement avec raison, partout où il y a « dialogue » va à la ligne pour chaque réplique. Je n’aurais même pas parlé de la préférence que jʼai à voir ces dialogues, peu importants par eux-mêmes, sʼabsorber dans la continuité du texte (l’alinéa entre chaque réplique étant remplacé par un tiret, et de nouveaux guillemets), car il y a peut-être là une habitude que je ne voudrais pas choquer3. Mais je m’aperçois que les dernières épreuves que j’aie reçues (je n’en ai pas reçu depuis plus d’une semaine et d’ailleurs cela ne fait absolument rien puisque je n’ai pas fini les corrections) portent le numéro 58. Or la dernière partie, à cette planche 58 commence à peine4. C’est dire que (surtout avec les additions que jʼai faites et qui sont de la plus grande importance) si nous ne profitons pas de cette contraction possible du texte (suppression des alinéas entre chaque réplique des dialogues) nous allons arriver à un nombre formidable de pages (les pages des planches sont-elles aussi longues que celles de l’exemplaire définitif, je veux dire une planche fait-elle exactement huit pages sans qu’on puisse gagner un peu sur lʼexemplaire définitif. Je vous écris cela en toute hâte, effrayé de la longueur possible. Quant à ce que vous me dites des secondes corrections, je me bornerai à vérifier l’exactitude des précédentes et à changer un nom de propriété qui sera remplacé par un nom de longueur à peu près équivalente ; jʼespère, sauf erreur, pouvoir m’en tenir là5. Je vous renverrai bientôt le reste des épreuves6. Quelques pages sont encore remaniées comme celles que vous avez déjà reçues. Mais je crois que le reste le sera extrêmement peu.
Veuillez agréer cher Monsieur l’expression de mes sentiments les plus dévoués.
Marcel Proust
Date de la dernière mise à jour : July 12, 2024 11:20
Lettre 02521
Informations
creation : June 13, 2023 10:37
mise à jour : July 12, 2024 11:20
publiée ? oui
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