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CP 02523 Marcel Proust à Bernard Grasset [entre le 2 et le 6 juin 1913]

Surlignage

Cher Monsieur

Il faut qu’on n’ait pas fait
partir ma lettre quand je l’
avais dit ; sans cela, vous l’auriez
eue presque en même temps que mes
épreuves. La « question de goût »
n’était nullement ce qui me l’
avait dictée, mais la crainte que
nous arrivions à la fin dʼun volume
de dimensions formidables sans que la


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matière du 1er tome soit achevée. Or
non seulement ce serait très ennuyeux ;
mais si c’est inévitable, il y a
avantage à le savoir parceque cela
modifiera forcément les titres des
parties etc, l’économie totale
se trouvant modifiée pour que l’
équilibre ne soit pas rompu. Vous
voyez donc que ma demande n’avait
rien de frivole. Puisque elle vous
est parvenue trop tard, attendons
tranquillement que tout soit fini,

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seulement nous ne saurons ainsi que tout à la fin
combien de pages la suppression de ces alineas
excessifs peut nous faire gagner, et par consé-
quent où il faudra s’arrêter. Mais ce n’est
pas un grand malheur. Je trouverai toujours bien
un « point d’orgue » où arrêter ce premier volume
si tout son contenu réel n’est pas épuisé quand son
extrême limite de dimension matérielle sera
atteinte.

Veuillez agréer cher Monsieur lʼ
expression de mes sentiments bien dévoués

Marcel Proust

Surlignage

Cher Monsieur

Il faut qu’on n’ait pas fait partir ma lettre quand je l’avais dit ; sans cela, vous l’auriez eue presque en même temps que mes épreuves. La « question de goût » n’était nullement ce qui me l’avait dictée, mais la crainte que nous arrivions à la fin dʼun volume de dimensions formidables sans que la matière du premier tome soit achevée. Or non seulement ce serait très ennuyeux ; mais si c’est inévitable, il y a avantage à le savoir parce que cela modifiera forcément les titres des parties etc., l’économie totale se trouvant modifiée pour que l’équilibre ne soit pas rompu. Vous voyez donc que ma demande n’avait rien de frivole. Puisquʼelle vous est parvenue trop tard, attendons tranquillement que tout soit fini, seulement nous ne saurons ainsi que tout à la fin combien de pages la suppression de ces alinéas excessifs peut nous faire gagner, et par conséquent où il faudra s’arrêter. Mais ce n’est pas un grand malheur. Je trouverai toujours bien un « point d’orgue » où arrêter ce premier volume si tout son contenu réel n’est pas épuisé quand son extrême limite de dimension matérielle sera atteinte.

Veuillez agréer cher Monsieur lʼexpression de mes sentiments bien dévoués.

Marcel Proust

Note n°1
Grasset répondra en disant : « votre lettre du 6 » (CP 02868 ; Kolb, XIII, 223). Mais il semble que le courrier de Proust ne soit pas envoyé très ponctuellement à cette époque. Comme Proust répond à la lettre de Grasset du 2 juin, il écrit entre le 2 et le 6 juin 1913. [PK]
Note n°2
Négligence habituelle de Nicolas Cottin, valet de chambre de Proust. [PK]
Note n°3
Allusion, semble-t-il, à la lettre de Grasset à Proust datée du 24 mai [191]3 (CP 02866 ; Kolb, XIII, n° 218) ; Proust avait renvoyé les 45 premiers placards corrigés le 23 mai. [PK]
Note n°4
Allusion à la lettre à Grasset datée du [entre le 24 et le 26 mai 1913] (CP 02521  ; Kolb, XIII, n° 219), où Proust propose de supprimer les alinéas entre chaque réplique des dialogues afin de réduire les dimensions de son livre. Comme le livre était déjà composé, semble-t-il, en premières épreuves (voir la note 3 de la lettre à Grasset datée du [24 mai 2913, ou peu après] (CP 02521 ; Kolb, XIII, n° 219)), Grasset avait répondu : « je mʼen remets à votre goût ». Cf. la lettre de Grasset datée du 2 juin [191]3 (CP 02867 ; Kolb, XIII, n° 220). [PK]


Mots-clefs :édition
Date de mise en ligne : June 13, 2023 09:52
Date de la dernière mise à jour : July 12, 2024 12:57
Surlignage

Cher Monsieur

Il faut qu’on n’ait pas fait
partir ma lettre quand je l’
avais dit ; sans cela, vous l’auriez
eue presque en même temps que mes
épreuves. La « question de goût »
n’était nullement ce qui me l’
avait dictée, mais la crainte que
nous arrivions à la fin dʼun volume
de dimensions formidables sans que la


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matière du 1er tome soit achevée. Or
non seulement ce serait très ennuyeux ;
mais si c’est inévitable, il y a
avantage à le savoir parceque cela
modifiera forcément les titres des
parties etc, l’économie totale
se trouvant modifiée pour que l’
équilibre ne soit pas rompu. Vous
voyez donc que ma demande n’avait
rien de frivole. Puisque elle vous
est parvenue trop tard, attendons
tranquillement que tout soit fini,

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seulement nous ne saurons ainsi que tout à la fin
combien de pages la suppression de ces alineas
excessifs peut nous faire gagner, et par consé-
quent où il faudra s’arrêter. Mais ce n’est
pas un grand malheur. Je trouverai toujours bien
un « point d’orgue » où arrêter ce premier volume
si tout son contenu réel n’est pas épuisé quand son
extrême limite de dimension matérielle sera
atteinte.

Veuillez agréer cher Monsieur lʼ
expression de mes sentiments bien dévoués

Marcel Proust

Surlignage

Cher Monsieur

Il faut qu’on n’ait pas fait partir ma lettre quand je l’avais dit ; sans cela, vous l’auriez eue presque en même temps que mes épreuves. La « question de goût » n’était nullement ce qui me l’avait dictée, mais la crainte que nous arrivions à la fin dʼun volume de dimensions formidables sans que la matière du premier tome soit achevée. Or non seulement ce serait très ennuyeux ; mais si c’est inévitable, il y a avantage à le savoir parce que cela modifiera forcément les titres des parties etc., l’économie totale se trouvant modifiée pour que l’équilibre ne soit pas rompu. Vous voyez donc que ma demande n’avait rien de frivole. Puisquʼelle vous est parvenue trop tard, attendons tranquillement que tout soit fini, seulement nous ne saurons ainsi que tout à la fin combien de pages la suppression de ces alinéas excessifs peut nous faire gagner, et par conséquent où il faudra s’arrêter. Mais ce n’est pas un grand malheur. Je trouverai toujours bien un « point d’orgue » où arrêter ce premier volume si tout son contenu réel n’est pas épuisé quand son extrême limite de dimension matérielle sera atteinte.

Veuillez agréer cher Monsieur lʼexpression de mes sentiments bien dévoués.

Marcel Proust

Note n°1
Grasset répondra en disant : « votre lettre du 6 » (CP 02868 ; Kolb, XIII, 223). Mais il semble que le courrier de Proust ne soit pas envoyé très ponctuellement à cette époque. Comme Proust répond à la lettre de Grasset du 2 juin, il écrit entre le 2 et le 6 juin 1913. [PK]
Note n°2
Négligence habituelle de Nicolas Cottin, valet de chambre de Proust. [PK]
Note n°3
Allusion, semble-t-il, à la lettre de Grasset à Proust datée du 24 mai [191]3 (CP 02866 ; Kolb, XIII, n° 218) ; Proust avait renvoyé les 45 premiers placards corrigés le 23 mai. [PK]
Note n°4
Allusion à la lettre à Grasset datée du [entre le 24 et le 26 mai 1913] (CP 02521  ; Kolb, XIII, n° 219), où Proust propose de supprimer les alinéas entre chaque réplique des dialogues afin de réduire les dimensions de son livre. Comme le livre était déjà composé, semble-t-il, en premières épreuves (voir la note 3 de la lettre à Grasset datée du [24 mai 2913, ou peu après] (CP 02521 ; Kolb, XIII, n° 219)), Grasset avait répondu : « je mʼen remets à votre goût ». Cf. la lettre de Grasset datée du 2 juin [191]3 (CP 02867 ; Kolb, XIII, n° 220). [PK]


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